La digue du Maire

26 janvier 2011

Lettre ouverte « La digue du Maire »

Le 18 janvier 2011, à 18h, était organisée au Phare dans une arrière-salle, mal signalée, une information sur le Plan de Prévention des Risques Naturels Majeurs auxquels est exposée notre commune de Tournefeuille, c’est-à-dire principalement le risque inondation le long de la Vallée du Touch. Plus de 150 personnes ont participé à cette séance d’information présidée par le sous-préfet de Muret, avec des représentants de l’Administration (Direction Départementale des Territoires, …) et du cabinet Geosphair qui a conduit en 2009 une étude pour évaluer le risque d’inondations.

Ce sujet n’est pas nouveau !

Depuis plus de dix ans maintenant (apparition d’une zone inondable dans le POS de novembre 2001) de nombreux dossiers d’enquêtes publiques, d’études préalables, de cartes CIZI, CIZI affinées, d’enquêtes parcellaires, d’études complémentaires ont été conduites et des rapports déposés.

Plus récemment une commission d’enquête a rendu un avis défavorable sur le projet présenté par la Mairie visant en particulier à construire quelques digues ou à modifier le tracé de celles existantes.

Ce dossier insuffisamment justifié et peu probant n’a toujours pas reçu, et on peut le comprendre, l’accord des pouvoirs publics.

Qui est concerné ?

118 maisons situées dans les lotissements de la Menthe et de la Reine des Prés dont 96 en aléa fort ou moyen ……… plus simplement elles sont exposées à une crue de 1m d’eau en moyenne. Soit environ 500 personnes ou 2% de la population de notre commune.

Qu’avons-nous appris ?

Sur le fond, RIEN que les 500 habitants ne connaissaient déjà ;

- La procédure se déroule dans le respect et la lourdeur d’une procédure administrative désormais éprouvée à la suite des catastrophes qui ont au cours des dernières années affectées quelques régions françaises, procédure ou chacun prend garde de circonscrire avec soin ses responsabilités, pour ne pas être impliqué au cas où ??

- La méthode de détermination des zones à risque est la méthode hydrogéomorphologique, qui s’appuie sur la dernière crue connue (en l’occurrence ici celle de juin 1875) faisant abstraction de tout ce qui a pu se passer depuis plus de 135 ans (les couteuses études financées par la Mairie n’auraient-elles servies à rien ?),

- La première phase de concertation engagée en mai 2010 a permis de recueillir des informations et des remarques des habitants de Tournefeuille qui ne modifient pas les conclusions, ni la cartographie provisoire établies par le cabinet Geosphair ;

A noter toutefois qu’un curieux problème informatique n’aurait pas permis aux autorités de l’Etat de recevoir l’ensemble des remarques faites et qu’il est demandé aux habitants concernés de renvoyer ces remarques,

- Chacun reconnait que « le fameux pont du petit train » – le train a cessé de circuler depuis bien longtemps – situé à la sortie de la RD 632 limite d’au moins 30% la capacité d’écoulement des eaux aggravant ainsi les conséquences d’une crue en particulier  au lotissement de La Menthe (au moins 40 cms d’élévation du niveau des eaux …… mais étonnamment serait sans effet sur la Reine des Prés).

Bien plus riche furent le débat et ses conclusions relativement au fameux petit pont !!

En effet, que pouvons-nous contre les modifications climatiques que la planète subit, sauf à adopter individuellement une attitude plus respectueuse de l’environnement et plus responsable ?

Rien qui puisse limiter le risque de crues du Touch, dont on peut penser qu’elles n’ont jamais été aussi probables, en conséquence d’une politique  d’urbanisation pour le moins effrénée le long de la Vallée du Touch !

Nous ne pouvons nier la réalité du risque.

Nous pourrions nous interroger sur les conditions qui ont prévalues il y a 30 ou 40 ans lors de la délivrance des Permis de Lotir, par la municipalité de Tournefeuille, à quelques promoteurs ayant depuis ces périodes magnifiquement développé leur business ! Mais cette municipalité avait au moins un mérite, c’est d’être passé outre les arguties juridico administratives et d’avoir construit illico presto les digues les plus urgentes !! Ce dont est fier aujourd’hui notre Maire !! Malgré cela nous sommes plus de 500 à vivre dans des zones à risques. Il faut faire avec !

Nous pourrions aussi nous plaindre de tout ce que cette situation a de dommageable sur la valeur de nos biens. Car les modifications, les extensions, les constructions additionnelles sont naturellement interdites ou « prescrites » ou asservies à des conditions drastiques. Les notaires sont tenus de signifier aux potentiels futurs acquéreurs le risque, …… autant dire que la valeur de nos maisons est automatiquement réduite d’au moins 30 %, quand on réussit à les vendre. Mais qu’à cela ne tienne, ce n’est pas grave car « les Tournefeuillais sont riches et dans le pire cas la municipalité se portera acquéreur de ces résidences……… pour en faire des logements sociaux !»

Whouahh ! Cette déclaration est assez stupéfiante. Outre que le Maire reconnaisse implicitement la dévalorisation de nos biens, c’est faire peu de cas, si cela devait arriver, de ceux qui ne peuvent faire autrement que de recourir au logement social considérant que la modicité du loyer légitime que de temps en temps ils puissent avoir les pieds dans l’eau !

Nous n’aurons pas l’outrecuidance, Mr le Maire, de venir réclamer une baisse de la Taxe d’Habitation, car comme vous l’avez déclaré « il faudra bien trouver ces ressources quelque part et vous reprendre d’une main ce qu’on vous aurait rendu de l’autre » (réunion publique Mairie de Tournefeuille 28 juin 2010).

Non Monsieur le Maire ! Nous attendons que vous agissiez !

Nous attendons que vous défendiez ardemment les quatre actions suivantes ;

1° Obtenir la réalisation d’une véritable modélisation de l’écoulement hydraulique du bassin du Touch

En effet, la méthode utilisée ne retient que ce qui s’est passé en 1875, négligeant tous les aménagements ultérieurs, l’urbanisation, informant les populations sur des éléments incomplets, parcellaires, localisés. Il n’a jamais été présenté de vision globale ! Que font ou feront les autres municipalités en aval et en amont pour se protéger des risques encourus ? Quelles seront les répercussions des travaux qui seraient réalisés ?

On ne peut dissocier le problème d’écoulement des eaux du bassin du Touch de celui des zones de la rive gauche de la Garonne au niveau amont et aval de Tournefeuille et de Toulouse.

En effet de la capacité d’écoulement des eaux du Touch dans la Garonne dépend l’aléa d’inondation des communes du bassin du Touch.

Il est donc indispensable de recourir à des études de modélisation des cours d’eau. Par ailleurs, la concentration particulièrement importante de nouveaux aménagements tant routiers, qu’urbains, en bordure des cours d’eaux ou sur les bassins versants, sur les communes de Toulouse, Blagnac, Colomiers, Tournefeuille survenus au cours des cinquante dernière années et certains autres en préparation justifient le recours à plusieurs méthodes, dont à minima une approche scientifique. Les technologies et les connaissances dans le domaine de la mécanique des fluides ont considérablement évolué au cours des dernières décennies.

Aucun habitant  de la communauté du Grand Toulouse ne comprendrait que l’on consacre des ressources importantes, que l’on mobilise quotidiennement des expertises scientifiques de renom international quand il s’agit de simuler le comportement d’avions (aérodynamique), de satellites ou de prévoir la météorologie (l’un des centres de calcul le plus puissant en Europe, n’est-il pas situé à quelques kilomètres du Touch ?) et que l’on détermine l’exposition au risque inondation en écartant toute méthode scientifique considérant que la meilleure façon de prévoir le risque futur est de ne retenir que ce qui s’est passé le 23 juin 1875.

Ce serait faire preuve d’un désintérêt manifeste pour les habitants des 118 maisons des lotissements de la Menthe et de la Reine des Près et d’un grand mépris pour la communauté scientifique toulousaine dont plusieurs laboratoires toulousains du CRNS de réputation internationale !

2° Faire modifier l’enjambement du petit pont

Puisque vos collègues de la Mairie de Toulouse ne retrouvent plus trace du classement en « Monument historique » de ce pont, quand bien même devrait-il servir un jour pour un illusoire tramway, rien ne s’oppose à ce que ce pont soit modifié par suppression d’une pile et curage  de la rivière de sorte que le volume d’évacuation des eaux de crue puisse être augmenté de 30%, faisant ainsi baisser le niveau des crues potentielles. Vous avez affirmé, lors de la réunion « qu’une analyse économique devait être réalisée pour évaluer la justification de sa modification »  – Ce serait bien la première fois que vous conduiriez une analyse économique sur le juste retour d’un investissement. Il serait aisé de donner quelques exemples d’investissements bien moins justifiés mais probablement plus électoralistes !

« et que vous y étiez opposé ! » – Serait-ce pour ne pas déplaire à votre camarade Maire de Toulouse ?

Nous avons bien entendu que vous invitiez implicitement vos concitoyens à aller démolir cet obstacle. Nous souhaiterions que vous soyez le premier à prendre la pioche !

3° Oser affronter les agriculteurs

En effet, parmi les chantiers qui permettront de réduire les risques, il y a la création de bassins de rétention en amont permettant de gérer des situations critiques. Vous nous avez fait part du contexte très tendu et très agressif d’une rencontre à laquelle vous aviez participé et vous nous avez invité à vous accompagner pour revenir traiter de ce sujet avec les agriculteurs concernés.

Oui Monsieur le Maire, nous viendrons vous épauler pour convaincre des gens qui sont les premiers à se mobiliser quand leurs compatriotes sont sinistrés ! et qui démontrent leur solidarité chaque fois que nécessaire, avec beaucoup d’humilité et de courage !

4° Construire « Votre Digue »

On peut spontanément penser qu’il soit utile et pertinent de construire une ou plusieurs digues, quand bien même pour diverses raisons les pouvoirs publics n’en tiennent compte. Ce chantier que vous avez l’intention d’engager n’a de sens, outre l’accord de l’Etat,  que si une étude scientifique en démontre l’intérêt.

Il serait du plus mauvais effet que, de nouveau, des ressources de la Commune soient gaspillées pour des protections inappropriées ou que l’Etat vous demanderait de démolir !

Si leur utilité était prouvée, sachez bien, Mr le Maire, que nous aurions plaisir à aller nous promener, par les après-midi ensoleillées sur les digues du Maire, le long de la Coulée Verte !

Ce que nous n’accepterons pas !

Tout simplement que vous sacrifiez 2% de vos concitoyens au risque Inondation.

Nous ne sommes plus à l’époque où il était « admissible » de perdre 2 % des troupes au feu !

Il s’agit là d’un autre combat et quel que soit votre sens des responsabilités, nous n’éprouvons aucun plaisir à vous voir revêtir des bottes ou des cuissardes ! Nous préférons garder les pieds au sec.

Enfin, sachez que nous n’aurons de cesse que de rappeler à notre Préfet la Circulaire du 24 avril 1996 relative aux dispositions applicables au bâti et ouvrages existants en zones inondables (JORF n°163 du 14 juillet 1996)

« Nous vous rappelons que sur certains aménagements existants susceptibles de perturber l’écoulement ou le stockage des eaux de crue (ouvrages d’art, ouvrages en rivière, remblais), vous pouvez, dans le cadre du P.P.R., imposer des travaux susceptibles de réduire les risques en amont comme en aval de ces ouvrages. En application de l’article 10 de la loi no 92-3 du 3 janvier 1992 sur l’eau, pour les ouvrages soumis au régime d’autorisation ou de déclaration, qu’ils se situent ou non dans l’emprise d’un P.P.R., vous pouvez imposer par arrêté toutes prescriptions spécifiques permettant de garantir les principes mentionnés à l’article 2 de la même loi. »

Bien respectueusement !

Alain VIATGE

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18 Décembre 18h00

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